"Project Gutenberg's La Muette de Portici, by Eugene Scribe et G. Delavigne Copyright laws are changing all over the world. Be sure to check the copyright laws for your country before downloading or redistributing this or any other Project Gutenberg eBook. This header should be the first thing seen when viewing this Project Gutenberg file. Please do not remove it. Do not change or edit the header without written permission. Please read the "legal small print," and other information about the eBook and Project Gutenberg at the bottom of this file. Included is important information about your specific rights and restrictions in how the file may be used. You can also find out about how to make a donation to Project Gutenberg, and how to get involved. **Welcome To The World of Free Plain Vanilla Electronic Texts** **eBooks Readable By Both Humans and By Computers, Since 1971** *****These eBooks Were Prepared By Thousands of Volunteers!***** Title: La Muette de Portici Opera en cinq actes Author: Eugene Scribe et G. Delavigne Release Date: February, 2006 [EBook #9892] [Yes, we are more than one year ahead of schedule] [This file was first posted on October 28, 2003] Edition: 10 Language: French Character set encoding: ISO-8859-1 *** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LA MUETTE DE PORTICI ***
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LA MUETTE DE PORTICI OP�RA EN CINQ ACTES Livret de M. E Scribe et M. G Delavigne
MUSIQUE DE M. AUBER (Daniel Fran�ois) Acad�mie royale de Musique.--29 janvier 1828 * PERSONNAGES MASANIELLO, p�cheur napolitain. FENELLA, sa soeur. ALPHONSE, fils du duc d'Arcos, vice-roi de Naples. ELVIRE, fianc�e d'Alphonse. PI�TRO, compagnon de Masaniello. BORELLA, |compagnons de Masaniello. MORENO, | LORENZO, confident d'Alphonse. SELVA, officier du vice-roi. UNE DAME de la suite d'Elvire. _La sc�ne se passe, au premier acte, � Naples, dans les jardins du vice-roi; au deuxi�me, � Portici, au bord de la mer entre Naples et le mont V�suve; au troisi�me sur la place publique de Naples; au quatri�me, � Portici, dans la cabane de Masaniello; au cinqui�me, dans la palais du vice-roi._ * ACTE PREMIER. _Les jardins du palais du duc d'Arcos. Au fond, une colonnade; � gauche, l'entr�e d'une chapelle; � droite, un tr�ne pr�pare pour la f�te. Au lever du rideau, des soldats espagnols, conduits par Selva, traversent la colonnade._ * * * * * * * *
SC�NE PREMI�RE. ALPHONSE, CHOEUR DE PEUPLE, _en dehors_. _INTRODUCTION._ LE CHOEUR. Du prince, objet de notre amour, Chantons l'heureuse destin�e: Les flambeaux d'hym�n�e Pour lui vont briller en ce jour. ALPHONSE. Ah! ces cris d'all�gresse et ces chants d'hym�n�e
Jettent le trouble dans mon coeur! Elvire que j'adore en vain m'est destin�e Le remords malgr� moi se m�le � mon bonheur. O toi! jeune victime Dont j'ai trahi la foi, Je vois avec effroi Le malheur qui t'opprime. Fenella, cache-moi Ton courroux l�gitime; Pour expier mon crime, Je veillerai sur toi. Ah! ces cris d'all�gresse et ces chants d'hym�n�e Jettent le trouble dans mon coeur! Elvire que j'adore en vain m'est destin�e: Le remords malgr� moi se m�le � mon bonheur. _LE CHOEUR, en dehors._ Du prince, objet de notre amour, Chantons l'heureuse destin�e: Les flambeaux d'hym�n�e Pour lui vont briller en ce jour. SC�NE II. ALPHONSE, LORENZO. ALPHONSE. Lorenzo, je te vois, r�ponds ami fid�le, De Fenella sais-tu quel est le sort? LORENZO. Seigneur, je l'ignore, et mon z�le, Pour d�couvrir sa trace, a fait un vain effort. ALPHONSE. De mes coupables feux, � suite trop cruelle! H�las! son malheur est certain. LORENZO. Quand Naples retentit du bruit de votre hymen, Quand la jeune et charmante Elvire Consent � vous donner sa main, Quel int�r�t en ce jour vous inspire La fille d'un p�cheur et son obscur destin? ALPHONSE. Quel int�r�t?... Le remords qui m'accable. J'ai su m'en faire aimer en lui cachant mon nom; Et je suis d'autant plus coupable, Que son destin �trange et mis�rable
Rend plus facile encore ma l�che trahison. LORENZO. Qu'entends-je? ALPHONSE. La parole � ses l�vres ravie Par un horrible �v�nement, La livrait sans d�fense � l'infid�le amant Dont l'abandon empoisonna sa vie. Aimable fille, alors je t'ai ch�rie. Dans ces entretiens pleins d'attraits, O� nos coeurs semblaient se confondre, Muette, h�las! tu m'entendais: Tes yeux seuls pouvaient me r�pondre. LORENZO. De cet indigne amour vous avez triomph�? ALPHONSE. Ce n'est pas ma raison qui l'a seule �touff�: J'oubliai ma victime en adorant Elvire: Elle prit sur mes sens un souverain empire. Mais ne sois pas surpris qu'en ce jour fortun�, O� l'amour va m'unir � celle que j'adore, Ami, la piti� parle encore Pour celle que j'abandonnai. Depuis un mois elle a fui ma pr�sence, Et sa mort... LORENZO. �cartez un pr�sage odieux: Peut-�tre votre p�re a voulu, par prudence, La soustraire � vos yeux. Vous connaissez son humeur inflexible, A ses sujets comme � son fils terrible. Vous le savez; on craint que sa rigueur De ce peuple opprim� ne lasse la douleur. ALPHONSE. Mais du cort�ge qui s'avance J'entends d�j� les accents solennels, Cher Lorenzo, de la prudence! Viens rejoindre mon p�re et nous suivre aux autels. SC�NE III. ELVIRE, LE CHOEUR. (_Marche et cort�ge; Elvire para�t entour�e de jeunes filles espagnoles
ses compagnes, de seigneurs napolitains, des dames pr�c�dent son arriv�e: de jeunes Napolitaines lui pr�sentent des fleurs._) LE CHOEUR. Alphonse �pouse la plus belle; Et quand le ciel forme leurs noeuds, Que Naples soumise et fid�le Redouble ses chants et ses jeux! Rendons hommage � la plus belle! ELVIRE. Plaisir du rang supr�me, �clat de la grandeur, Vous n'�tes rien aupr�s de mon bonheur. AIR. A celui que j'aimais c'est l'hymen qui m'engage; Dans mon �me ravie o� r�gne son image, Est-il un seul d�sir qui puisse �tre form�, S'il m'aime autant qu'il est aim�? O moment enchanteur! Pour ma fid�le ardeur Je sens battre mon coeur! Quel jour prosp�re! Plus de myst�re; Heureuse et fi�re, Je puis parler de mon bonheur. (_Aux jeunes filles qui l'entourent._) O mes jeunes amies, Mes compagnes jolies, Loin de notre patrie, Vous qui m'avez suivie, Partagez mon bonheur! O moment enchanteur! etc. Et vous que sur mes pas, pour ce lointain rivage, L'Espagne vit partir, Par vos chants, par vos jeux, des bords heureux du Tage Rappelez-moi le souvenir. (_Elvire s'assied entour�e de sa cour._) BALLET. (_L'on ex�cute plusieurs danses espagnoles et napolitaines. A la fin du ballet, on entend un grand bruit._) ELVIRE, _se levant._ Dans ces jardins quel bruit se fait entendre? UNE DAME D'HONNEUR. C'est une jeune fille: elle fuit des soldats,
Accourt en ces palais et tend vers vous les bras. SC�NE IV. LES PR�C�DENTS, FENELLA, poursuivie par Selva et par des gardes. _(FENELLA entre avec effroi; elle aper�oit la princesse et court se jeter � ses genoux._) ELVIRE. Que voulez-vous? parlez. FENELLA. _Elle fait signe � la princesse qu'elle ne peut parler, mais que rien n'�galera sa reconnaissance, et par ses gestes suppliants elle la conjure de la d�rober aux poursuites de Selva._ ELVIRE, _la relevant._ Je saurai te d�fendre. Quand mon bonheur est si grand aujourd'hui, Pourrais-je aux malheureux refuser mon appui? (_A Selva._) Quelle est donc cette infortun�e? SELVA. La fille d'un p�cheur. L'ordre du vice-roi Depuis un mois la tient emprisonn�e; Mais ce matin, bravant une s�v�re loi, Elle a bris� ses fers. ELVIRE. Quel peut �tre ton crime? FENELLA. _Elle r�pond qu'elle n'est point coupable; elle en atteste le ciel._ ELVIRE. Qui troubla ton repos? FENELLA. _Elle fait signe que l'amour s'empara de son coeur, et qu'il a caus� tous ses maux._ ELVIRE. H�las! pauvre victime! Je te comprends: l'amour a su toucher ton coeur. Mais de tes maux quel est donc l'auteur? FENELLA. _Elle fait signe qu'elle l'ignore; mais il jurait qu'il l'aimait, il la pressait contre son coeur; puis, montrant l'�charpe qui l'entoure, elle fait entendre qu'elle l'a re�ue de lui._ ELVIRE.
Cette �charpe, il te l'a donn�e! FENELLA. _Elle soupire et fait signe que oui._ ELVIRE. Mais dans ces lieux qui t'a donc entra�n�e? FENELLA. _Elle d�signe Selva; il est venu l'arr�ter, malgr� ses larmes et ses pri�res. Faisant le geste de tourner une cl� et de fermer les verrous, elle exprime qu'on la plongea dans un cachot. L� elle priait, triste, pensive, plong�e dans la douleur; quand tout � coup l'id�e lui vint de se soustraire � l'esclavage. Montrant la fen�tre, elle fait signe qu'elle a attach� des draps, qu'elle s'est laiss�e glisser � terre, qu'elle a remerci� le ciel. Mais elle a entendu le qui vive de la sentinelle; on l'a mise en joue; elle s'est sauv�e � travers le jardin, a aper�u la princesse, et est venue se jeter � ses pieds._ ELVIRE. Que ses gestes parlants ont de gr�ce et de charmes! Jeune fille! s�che tes larmes, Je veux te prot�ger aupr�s de mon �poux; De ta douleur je serai l'interpr�te. FENELLA. _Elle lui t�moigne sa reconnaissance._ LORENZO, _sortant de la chapelle._ Voici de votre hymen la pompe qui s'appr�te, Princesse, et dans le temple on n'attend plus que vous. (_La marche commence; Elvire et tout le cort�ge entrent dans la chapelle. Selva place diff�rents postes de soldats qui emp�chent le peuple d'avancer._) LE CHOEUR. O Dieu puissant! Dieu tut�laire! Du haut des cieux Entends nos voeux! (_Le peuple se presse � l'entr�e du p�ristyle, et regarde dans l'int�rieur du temple la c�r�monie qui est cens�e commenc�e. Fenella se l�ve sur la pointe des pieds, et fait aussi ses efforts pour voir, mais la foule l'en emp�che._) Dieu puissant! Dieu tut�laire! Nous t'implorons � genoux. (_Tout le monde se met � genoux, et Fenella aussi._) Daigne exaucer notre pri�re, Et b�nis ces heureux �poux! Dieu tut�laire! SELVA, _regardant._ O quel spectacle auguste et solennel! Ce couple heureux s'avance vers l'autel.
Dans leurs regards quelle tendresse brille! FENELLA. _Elle regarde pendant que tout le monde est � genoux, et ses gestes expriment la surprise et la douleur; elle ne peut en croire ses yeux, et s'�lance vers le p�ristyle._ LE CHOEUR DE SOLDATS. Mais que veut cette jeune fille? Loin du temple retirez-vous: Du vice-roi redoutez le courroux. FENELLA. _Elle les supplie de la laisser passer: il y va de son repos, de son bonheur. Elle se d�sesp�re de ne pouvoir expliquer ce qui l'int�resse si vivement._ ENSEMBLE. LE CHOEUR DES SOLDATS. Jeune fille, n'approchez pas! Loin de ces lieux portez vos pas. LE CHOEUR DU PEUPLE, _bas � FENELLA. Jeune fille n'approchez pas! Craignez ces farouches soldats. FENELLA. _Elle redouble ses instances, se tord les mains de d�sespoir. Il faut absolument qu'elle voie le prince: c'est elle qui est son �pouse; c'est � elle qu'il a donn� sa foi. Elle veut p�n�trer dans le temple pour interrompre la c�r�monie._ SELVA. Pour prix de tant d'audace, Craignez qu'on ne vous chasse De ces lieux r�v�r�s, au profane interdits! FENELLA. _Elle les supplie encore._ CHOEUR DU PEUPLE, _regardant dans la chapelle._ Ils sont unis! FENELLA. _Elle pousse un cri, et tombe sur un si�ge, dans le plus grand d�sespoir._ SC�NE V. LES PR�C�DENTS, ALPHONSE, _donnant la main � Elvire, et entour� de tous les seigneurs de la cour._ LE CHOEUR. Quel bonheur! quelle ivresse!
Par nos chants d'all�gresse C�l�brons en ce jour Et l'hymen et l'amour. ELVIRE, _� Alphonse._ Je veux que cette journ�e Commence par des bienfaits; Et je vois une infortun�e Qui pr�s de vous demande acc�s. (_Allant � Fenella, qu'elle prend par la main._) Approchez-vous. Sa main est tremblante et glac�e. (_A Alphonse._) Par un perfide amant elle fut offens�e, Et contre un s�ducteur et parjure et cruel, Elle vient implorer votre justice. ALPHONSE, _la regardant._ O ciel! ENSEMBLE. ALPHONSE. O funeste myst�re! C'est elle que je vois! Pour finir ma mis�re, O terre, entr'ouvre toi. ELVIRE. Quel est donc ce myst�re? Parlez, r�pondez-moi. Dieu! quel soup�on m'�claire Et me glace d'effroi? LE CHOEUR. Quelle est cette �trang�re Qu'en ces lieux j'aper�ois! Quel est donc ce myst�re Qui les glace d'effroi? ELVIRE, _allant � Fenella_ Rendez le calme � mon coeur �perdu; Alphonse vous est-il connu? FENELLA. _Elle r�pond que oui._ ALPHONSE. Le regret me d�chire et le remords m'accable. ELVIRE. Achevez... j'ai fr�mi!
FENELLA. _Elle continue, et dit par ses gestes: celui qui m'a tromp�e, celui qui m'a donn� cette �charpe, celui qui m'a trahie... ELVIRE. Eh bien! ce coupable! FENELLA. _Elle montre Alphonse de la main_. ELVIRE. C'est lui? ENSEMBLE. ALPHONSE. Oui, tel est ce myst�re; Oui, j'ai trahi ma foi. Pour finir ma mis�re, O terre, entr'ouvre toi! ELVIRE. Voil�, donc ce myst�re Qui me glace d'effroi. Un jour affreux m'�claire! Tout est fini pour moi! LE CHOEUR. O funeste myst�re Qui les glace d'effroi C'est pour cette �trang�re Qu'il a trahi sa foi. LE CHOEUR DE SOLDATS, _montrant Fenella_. Amis, punissons cette audace, Et que ses pleurs ne nous d�sarment pas. ELVIRE. Qu'on l'�pargne, je lui fais gr�ce! Non, non, n'arr�tez point ses pas. (_Fenella regarde avec �garement Alphonse et Elvire, et s'enfuit au milieu dit peuple qui lui ouvre un passage. On la voit dispara�tre � travers la colonnade du fond._) ENSEMBLE. LE CHOEUR DE SOLDATS. Partons, courons, suivons ses pas, Amis, punissons cette audace.
ELVIRE ET LE PEUPLE. Non, non, n'arr�tez point ses pas, Qu'on l'�pargne, je lui fais gr�ce. ALPHONSE. Terre, entr'ouvre toi sous mes pas, Je ne m�rite point de gr�ce.
ACTE II. _Un site pittoresque aux environs de Naples. Dans le fond, la mer. Des p�cheurs sont occup�s � pr�parer leurs filets et leurs nacelles, d'autres se livrent � diff�rents jeux._
SC�NE PREMI�RE. MASANIELLO, BORELLA, P�CHEURS. LE CHOEUR. Amis, le soleil va para�tre, Livrons-nous � des soins nouveaux; Employons bien le jour qui va rena�tre, Et par les jeux �gayons nos travaux. UN P�CHEUR. Masaniello parait; quel air sombre et sauvage! Qui l'afflige? BORELLA. Notre esclavage. (_A Masaniello._) Salut � notre chef! MASANIELLO. Salut, chers compagnons! BORELLA. Viens animer nos jeux par tes chansons. MASANIELLO _� part._ Pi�tro ne revient pas. BORELLA.
Plus de sombre nuage! Tes refrains nous donnent du coeur; Et, tu le sais, il nous faut du courage. MASANIELLO. H� bien! r�p�tez donc le refrain du p�cheur, Et comprenez bien son langage. LE CHOEUR. �coutons bien le refrain du p�cheur. MASANIELLO. COUPLETS. PREMIER COUPLET. Amis, la matin�e est belle, Sur le rivage assemblez-vous; Montez ga�ment votre nacelle, Et des vents bravez le courroux! Conduis ta barque avec prudence: Parle bas, p�cheur, parle bas; Jette les filets en silence; La proie au-devant d'eux s'�lance. Parle bas, p�cheur, parle bas Le roi des mers ne t'�chappera pas. LE CHOEUR. Conduis ta barque avec prudence, Le roi des mers ne t'�chappera pas. MASANIELLO. DEUXI�ME COUPLET. L'heure viendra, sachons l'attendre; Plus tard nous saurons le saisir. Le courage fait entreprendre, Mais l'adresse fait r�ussir. Conduis ta barque avec prudence; Parle bas, p�cheur, parle bas; Jette tes filets en silence; La proie au-devant d'eux s'�lance. Parle bas, p�cheur, parle bas Le roi des mers ne t'�chappera pas. LE CHOEUR. Conduis ta barque avec prudence, Le roi des mers ne t'�chappera pas. SC�NE II.
LES PR�C�DENTS, PI�TRO. MASANIELLO. Mais j'aper�ois Pi�tro; ciel! que va-t-il m'apprendre? (_Le prenant � part, et l'amenant au bord du th��tre, pendant que les p�cheurs s'�loignent et retournent � leurs travaux._) Personne ici ne conna�t mon malheur: Je ne l'ai confi� qu'� l'ami le plus tendre. Parle, as-tu d�couvert le destin de ma soeur? PI�TRO. De Fenella le sort est encore un myst�re; Vainement j'ai cherch� la trace de ses pas; Sans doute un ravisseur... MASANIELLO. O rage! et moi son fr�re, Je n'ai pu la sauver! mais de tels attentats Recevront � la fin leur juste r�compense. PI�TRO. Que te reste-t-il? MASANIELLO. La vengeance! DUO. MASANIELLO ET PI�TRO. Pour un esclave est-il quelque danger? Mieux vaut mourir que rester mis�rable! Tombe le joug qui nous accable, Et sous nos coups p�risse l'�tranger! Amour sacr� de la patrie, Rends-nous l'audace et la fiert�: A mon pays je dois la vie; Il me devra sa libert�. MASANIELLO. Me suivras-tu? PI�TRO. Je m'attache � tes pas, Je veux te suivre � la mort... MASANIELLO. A la gloire!
PI�TRO. Soyons unis par le m�me tr�pas, MASANIELLO. Ou couronn�s par la m�me victoire. ENSEMBLE. Pour un esclave est-il quelque danger! Mieux vaut mourir que rester mis�rable! Tombe le joug qui nous accable, Et sous nos coups p�risse l'�tranger! MASANIELLO. Songe au pouvoir dont l'abus vous opprime, Songe � ma soeur arrach�e � mes bras! PI�TRO. D'un s�ducteur peut-�tre elle est victime! MASANIELLO. Ah! quel qu'il soit, je jure son tr�pas! MASANIELLO ET PI�TRO. Mieux vaut mourir que rester mis�rable Pour un esclave est-il quelque danger? Tombe le joug qui nous accable, Et sous nos coups p�risse l'�tranger! Amour sacr� de la patrie, etc. (_En ce moment Fenella para�t sur le haut du rocher; elle regarde la mer, en mesure la profondeur, et semble pr�te � s'y pr�cipiter_.) SC�NE III. LES PR�C�DENTS, FENELLA. MASANIELLO. Que vois-je? Fenella! quoi! ma soeur en ces lieux! (_A ce cri, Fenella tourne la t�te, aper�oit son fr�re et descend vivement les rochers._) MASANIELLO, _� Pi�tro._ Le ciel nous entendait, il exauce nos voeux! (_Fenella est descendue, et a �t� se jeter dans les bras de son fr�re_.) Je n'ose encore en croire ma tendresse!
Est-ce bien toi que dans mes bras je presse? Quel motif inconnu te s�para de moi? FENELLA. _Elle lui fait signe qu'elle le lui dira, mais � lui seul._Pi�tro s'�loigne._ SC�NE IV. MASANIELLO, FENELLA. MASANIELLO. Eh bien! nous voil� seuls. FENELLA. _Elle lui exprime son d�sespoir, et lui avoue que sa premi�re intention �tait de se pr�cipiter dans la mer et d'y finir son existence._ MASANIELLO. Attenter � ta vie! Grand Dieu! FENELLA. _Mais elle n'a pas voulu mourir avant de le revoir, de l'embrasser, de recevoir son pardon._ MASANIELLO. Ton pardon! et pourquoi! FENELLA. _Elle lui fait entendre qu'elle ne m�rite pas sa tendresse: elle lui peint ses remords... Elle s'est donn�e � un perfide._ MASANIELLO. O ciel! un s�ducteur! qu'il craigne ma furie! Rien ne peut le soustraire � mon ressentiment! FENELLA. _Elle lui fait signe qu'il devait �tre son �poux, qu'il le lui avait jur� � la face du ciel, qu'elle a cru son serment._ MASANIELLO. Ce l�che, quel est-il? un Espagnol, peut-�tre? FENELLA. _Elle r�pond oui; mais elle ne veut pas le faire conna�tre; malgr� son crime, elle l'aime encore, et pour l'�pouser il est d'un rang trop �lev�._ MASANIELLO. Qu'importe? il tiendra son serment; Fenella, je veux le conna�tre. FENELLA. _Elle lui r�pond que c'est inutile, qu'il n'est plus d'esp�rance, qu'il s'est uni � une autre._
MASANIELLO. Eh bien donc! malgr� toi, je punirai le tra�tre! Oui, que ce jour me soit ou non fatal, Il faut armer le peuple et donner le signal. En vain tu veux calmer le courroux qui me guide! Je saurai malgr� toi d�couvrir le perfide. FENELLA. _Elle cherche inutilement � calmer son fr�re, et s'attache � lui au moment o� il court appel..."
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